mercredi 27 mai 2020

Walter Kurtz était à pied - Emmanuel Brault


Hypnotique et cruel !

Walter Kurtz était à pied, en voilà un énigmatique titre pour le premier roman publié sous le Label Mu des Editions Mnémos. La superbe couverture quant à elle nous montre la dualité de l'univers proposé par Emmanuel Brault : La Route versus Les Marcheurs.

Dans ce court roman, Emmanuel Brault nous propose une dystopie autour de la voiture comme mode de vie. La voiture est devenue l'habitat, et les kilomètres parcourus pardon les k-plats sont transformés en points permettant d’accéder aux besoins de première nécessité, se nourrir, s'habiller, louer des emplacements de parking et faire réviser sa voiture... bref la consommation pour et par la voiture via les kilomètres parcourus. Un monde ubuesque ! Dans la première partie, les kilomètres se font en compagnie de Dany, sa petite sœur Sarah et leur père. L'auteur nous dépeint un monde idyllique où le modernisme se résume à engranger les kilomètres... absurde, surréaliste mais incroyablement crédible. Rien ne semble mettre en péril ce monde merveilleux des Roues. Si ce n'est les Pieds...

Les Pieds, eux ont choisi (ou ont subi) leur mode de vie. Loin du tumulte des routes, ils se sont regroupés en petites communautés auto-suffisantes, vivant de trocs et de petits larcins. Loin de toute technologie, ils sont aux yeux des Roues au mieux des laissés pour compte, au pire de dangereux criminels sans aucune retenue. La rencontre entre les Roues que sont Dany et sa sœur et la civilisation des Pieds aura un impact sur les deux modes de vie. 

Avec Walter Kurtz était à pied, Emmanuel Brault nous dépeint une société capitaliste poussée à son extrême. La consommation coûte que coûte au mépris de l'individu. Rouler pour consommer, le shopping comme seule activité puis reprendre la route, le plus souvent seul. Il met aussi en avant les possibles excès de la démocratie participative via le port-vie, smartphone qui permet de communiquer et de voter/proposer les lois. Mais c'est l'opposition des deux styles de vie qui fait mouche, chacun étant enfermé dans ses propres dogmes, dans sa vision étriquée. La confrontation est inéluctable et le résultat impitoyable !

Emmanuel Brault refuse ici tout manichéisme, constate simplement les dérives de la société. Difficile de ne pas faire le parallèle entre cet univers et la civilisation actuelle. Le propos est clair et intelligent, il nous amène à réfléchir sur notre société de consommation.

Pour conclure, Walter Kurtz était à pied est un roman percutant et déroutant. Hypnotique et cruel dans ses deux premières parties, il devient violent et réel dans sa conclusion.




samedi 23 mai 2020

Vous prendrez bien quelques nouvelles... (12) : Greg Egan

Dans le cadre du Projet Maki, je me suis penché sur l'auteur australien Greg Egan. Auteur Hard-SF réputé pour ne pas être des plus faciles à lire et j'en conviens je n'ai pas vraiment de bons souvenirs avec cet écrivain excepté sa novella parue dans la collection Une-Heure-Lumière Cérès et Vesta. Avant de me lancer dans Diaspora son chef d'oeuvre, je me confronte à trois de ses nouvelles.

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Evolution 2.0

Avec Nuits Cristallines, Greg Egan nous plonge au coeur de l'Intelligence Artificielle, au développement de celle-ci et à la naissance de la conscience artificielle. 

Daniel Cliff, un très riche homme d'affaires acquiert un "cristal", processeur optique d'une capacité de calculs qui dépasse tout ce qui existe à ce jour. Grâce à ce cristal, il crée un monde virtuel où l'intelligence artificielle va évoluer d'elle même, Daniel Cliff jouant les Dieux et favorisant ou détruisant les avancées proposées par la machine. La vitesse de calcul permettant de multiplier les essais et d’évoluer très vite, il espère que celle-ci atteindra la "conscience"...

Vertigineuse sur le plan scientifique, cette nouvelle soulève des questions éthiques et interroge sur l'évolution des technologies et l'apparition des machines pensantes. Par contre l'écriture de Greg Egan est des plus arides, les personnages sont plus que fades et assez caricaturaux. 

Au final, j'ai eu beaucoup de mal à rentrer dans l'histoire, la lecture difficile m'a rebuté et je n'y ai pas vraiment pris plaisir. Dommage car le concept était original et très intéressant.


Les avis de Lorhkan et Feyd Rautha

samedi 16 mai 2020

Les livres de ces prochains mois (de Mai à Septembre !)



En temps normal il est déjà très compliqué de se projeter dans les prochaines parutions, alors à ce jour c'est mission impossible... mais je vais quand même m'y essayer avec les infos que l'on peut glaner ici ou là !

Pas de long discours juste les quelques couvertures mois par mois (avec un calendrier à affiner...)

Mai 




mercredi 13 mai 2020

L'autre côté - Léo Henry


Photographie du monde d'aujourd'hui

L'autre côté est un très court roman (une novella) de Léo Henry. Auteur français assez prolifique, ses écrits abordent de nombreux thèmes et balayent l’ensemble de la planète imaginaire. Je n'ai lu que sa nouvelle Pour toujours l'humanité parue dans Bifrost, un texte poignant et une belle écriture. 

Avec L'autre côtéLéo Henry s'attaque au douloureux sujet des migrations. Il choisit de faire dérouler son action dans une cité imaginaire Kop Tepa, la plus vieille ville du monde. Une façon de dire que cela peut être partout et nulle part à la fois, ici et ailleurs. Son récit n'est pas non plus daté, hier, aujourd'hui ou demain, qu'importe... Au final, son histoire s'applique à tout le monde et au-delà des barrières temporelles, le personnage principal pouvant être chacun d'entre nous.

Ceci étant dit, Léo Henry nous raconte l’histoire de Rostam, un passeur qui permet aux citoyens de quitter la cité close de Kop Tepa. Dans cette ville, le peuple se meurt d'une étrange maladie, seuls Les Moines (les dirigeants de la Cité) en réchappent grâce au sérum qu'ils gardent précieusement. Le seul espoir de guérison pour les autres est de passer de l'autre côté, rejoindre l'Outre-Mer.

La fille de Rostam tombe à son tour malade et le passeur doit emprunter les chemins qu'il proposait à ses concitoyens. Le début du calvaire commence alors. Idéaliste il pensait que son réseau était "sûr", et que tous ses contacts lui permettraient de traverser le delta, synonyme de liberté et rétablissement pour sa fille. La réalité est bien entendu tout autre...

Un roman court, les chapitres et les phrases aussi. Le texte est nerveux et saccadé. On sent la pression monter tout doucement. Léo Henry y va à l'économie mais ne s'affranchit pas de belles descriptions et d'une contextualisation précise. Sans tomber dans le larmoyant ou le voyeurisme l'auteur nous narre l'histoire de la vie d'un citoyen lambda qui pourrait être n'importe lequel d'entre nous. Sans fioritures ni froufrous, il va à l'essentiel, les mots sont durs, terribles parce que réels. 

Bref  un texte à faire lire au plus grand nombre, un récit qui touche au coeur... et, qui sait, pourra peut être amener à changer le regard que l'on a sur ces hommes et femmes qui viennent de loin !


Lune et TmbM approuvent...



samedi 9 mai 2020

L'apprentissage du guerrier - Lois McMaster Bujold


Couverture d'un autre temps

La saga Vorkosigan est une immense fresque de space opera de Lois McMaster Bujold qui comporte pas moins de dix-sept romans à ce jour dont plusieurs ont reçu les prestigieux prix littéraires Hugo, Nebula ou Locus... Le plus compliqué est de trouver la bonne porte d'entrée, l'ordre de publication ne suivant par forcément l'ordre chronologique, il m'a fallu faire un choix. J'ai donc commencé par L'apprentissage du guerrier, le premier écrit par l'autrice.

L'apprentissage du guerrier permet de faire connaissance avec le héros ou plutôt l'anti-héros de cette saga Miles Vorkosigan. Petit bout d'homme au physique ingrat, un peu plus d'un mètre quarante, très fragile physiquement, il compense ses faiblesses physiques par une intelligence accrue et une éloquence hors du commun. Homme de parole, il est également très généreux envers les personnes en difficulté.

Miles, malgré ses difficultés physiques, passe les tests pour entrer à l'académie militaire de Barrayar. Mais contrairement aux autres hommes de la famille, il échouera assez vite. De retour chez lui, il décide d'aller retrouver sa grand-mère sur la planète Béta. Pour ce voyage il se fait accompagner de son garde du corps et de la fille de celui-ci. En effet Miles fait partie de la haute société Barrayarienne, c'est un Seigneur au sens premier du terme. Le voyage vers la planète Béta connaît quelques péripéties et voilà que Miles se retrouve par un malheureux concours de circonstances à la tête d'un vaisseau de mercenaires !

De la Science Fiction militaire pure et dure, des aventures aussi invraisemblables que nombreuses, de l'action, de l'humour... de quoi passer de bons moments encore faut-il être le bon public pour cela. Pour ma part, cela ne prend pas. Je m'ennuie devant tant de platitude, je m'agace devant tant d’énormités et d'incrédibilités. J'aimerais bien vous dire que l'univers est sympa mais là aussi j'ai beaucoup de mal avec la dichotomie des mondes : Le Barrayar militaire face au Béta hédoniste et libertaire. Le personnage atypique ne me convient pas beaucoup plus, il est l'archétype des clichés de la SF...

Bref, ce roman regroupe à lui seul tout ce que je n'aime pas dans la science-fiction et il va de soi que je ne poursuivrai pas la série. Mais je vous renvoie sur le blog du Lutin qui elle a adoré cette saga.