jeudi 27 février 2020

La Fracture - Nina Allan

Surprise & Originalité

La Fracture de Nina Allan est un roman déroutant et assez inégal. Déroutant car contrairement à ce qu'indique la quatrième de couverture, nous ne sommes pas ici en présence du banal thriller, de la énième histoire autour de la disparition d'une adolescente. Le récit prend une tournure inattendue qui pourra surprendre. C'est au niveau du rythme que le roman est déséquilibré : de nombreux temps forts mais également quelques longueurs.

Tout commence par la disparition de Julie, une adolescente d'une quinzaine d'années. La première partie du récit s'attache à cette disparition, aux réactions de la famille devant l'inconcevable, aux explications possibles. Bref, le thriller "classique" dans toute sa splendeur et cela est très bien mené.  Ce début au rythme lent sans jamais être ennuyeux se dévore d'une traite jusqu'à cette seconde partie où un twist, sorti d'on ne sait où, nous fait relire la quatrième de couverture pour savoir ce qu'on est censé lire. Je ne vais rien vous dévoiler mais on peut juste dire qu'un changement de paradigme assez surprenant risque de laisser du monde au bord de la route. Ce second tiers m'a laissé pantois, j'ai failli abandonner plusieurs fois la lecture n'ayant pas du tout accroché à "l'histoire" de Julie. Puis arrive la dernière partie du même acabit que la première mais en beaucoup plus rythmée, plus passionnante jusqu'au dénouement final. 

C'est difficile de parler de ce roman sans en déflorer la substance essentielle et donc gâcher le plaisir de la découverte. Avec La Fracture, l'autrice nous interroge sur la perception de la réalité et sur les vérités celles que l'on croit, celles qu'on aimerait être vraies. 

L’écriture est fluide, agréable ; le seul bémol vient de cette seconde partie qui pourra surprendre, ravir ou abasourdir. Pour ma part, je ne l'ai pas aimée mais elle permet de donner corps au récit. On peut très bien ne pas accrocher à ces passages tout en adorant le roman. Ce qui est assez rare pour être souligné.

Pour conclure je dirais, comme beaucoup d'autres, qu'il y a du Christopher Priest dans ce roman, cette façon de détourner la réalité, de nous projeter dans un monde différent. Mais il aurait très bien pu être écrit par Jo Walton, un mix de Mes vrais enfants et Morwenna.

Bref La Fracture n'est pas un banal thriller, c'est bien plus que ça... de l'Imaginaire tout simplement !


Ils en parlent avec plus ou moins de spoils : Lune, Baroona, Tigger Lilly



vendredi 21 février 2020

Boule de foudre - Liu Cixin

Apologie des Sciences

Après la novella Terre errante et la nouvelle Avec ses yeux, je continue de découvrir l'oeuvre de Liu Cixin avec l'un de ses premiers romans Boule de foudre.

Tout comme pour Terre errante, il faut une certaine suspension d’incrédulité pour se plonger et accepter pleinement les explications scientifiques de l'auteur. Mais ici elles sont accessoires et l'auteur les utilise pour nous montrer son amour des Sciences et des hommes et femmes qui y consacrent leur vie.

Le jour du quatorzième anniversaire de leur fils, les membres de la famille Chen sont les témoins d'un phénomène étrange qui entraînera la mort des deux parents. L'apparition d'une Boule de foudre au milieu du salon vaporise les parents de l'adolescent. Après cette catastrophe, le jeune Chen décide de consacrer sa vie à l'observation et à la compréhension du phénomène des Boules de foudre. Le roman retrace la vie du jeune garçon depuis l'accident qui a causé la mort de ses parents...

lundi 17 février 2020

Vous prendrez bien quelques nouvelles... (10)

Pour ce nouveau numéro de Vous prendrez bien quelques nouvelles je suis allé piocher du côté de la revue numérique Angle Mort et plus particulièrement du dernier numéro en date.

J'ai sélectionné deux textes, tout d'abord Sing de Karin Tidbeck, l'autrice d'Amatka, un roman que je recommande vivement . Puis Le voyage téléphonique d'Han Song, un auteur chinois qui m'est complètement inconnu. Ce sera donc l'occasion de le découvrir.

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Avec Sing, Karin Tidbeck signe une nouvelle poétique et cruelle entre fantastique et fantasy.

Sur Kirina, les habitants ne peuvent pas s'exprimer tout le temps. Quand ils le font c'est sous forme parler ou chanter. Cela dépend du moment de la journée ou plus exactement de la position des différents astres dans le ciel. Et encore tout le monde ne peut chanter, il faut avoir une particularité, c'est ce que va apprendre Petr, un scientifique né dans une station spatiale qui arrive sur Kirina pour étudier les lichens. 

La nouvelle tourne autour de deux personnages, Petr qui découvre Kirina, planète étrange où le parasitisme est la norme, et Aino, une locale, handicapée et rejetée par tous ses concitoyens. Lui veut s'installer sur ce monde physique quand elle, veut quitter son monde natal. Leur rencontre improbable va changer le cours de leur vie.

Comme dans Amatka, l'autrice nous plonge dans un univers étrange où les mots et leur vocalisation font partie intégrante de l'histoire. Sing est de plus un texte humaniste et poignant sur la solitude et l'acceptation de la différence, un texte à découvrir.


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Le voyage téléphonique d'Han Song semble nous venir d'un autre âge. Dans un monde parallèle (à moins que ce soit une uchronie) la Chine est à la pointe de la technologie alors que les Etats-Unis sont à la traîne. Dans ce contexte, les chinois ont inventé une nouvelle façon de se déplacer quasiment instantanément sur de très grandes distances : la téléportation via la ligne téléphonique. Mais ce voyage est réservé à une élite, il faut avoir la "carte" qui permet de voyager. Pour éviter toute fraude mais aussi toute invasion ennemie, des techniciens surveillent sans relâche les voyageurs. Zhou Dong est l'un de ces opérateurs. Généralement, le job est plutôt calme. Mais ce soir là, il apprend qu'un criminel tente de s'enfuir du pays via le voyage téléphonique et que les Etats-Unis seraient prêts à envahir le pays par le même moyen.

Ce texte avait tout pour me plaire mais je n'ai pas du tout accroché. L'impression de lire de la mauvaise SF des années 60. La technologie improbable, l'histoire abracadabrante, les personnages fades et la chute sans grand intérêt sont les ingrédients de ce cocktail insipide. Ou alors je ne suis tout simplement pas arrivé à remettre cette nouvelle dans son contexte. Une méconnaissance de la société chinoise, de la dualité de ce pays entre les aspirations de ses citoyens et des rêves de grandeurs de ses dirigeants. Peut-être fallait-il y voir une critique acerbe du pouvoir en place... !

Au final je suis passé complètement à côté de ce texte. Just a Word quant à lui a trouvé la nouvelle passionnante. 





mercredi 12 février 2020

Cosmos Incarné - La Fleur de Dieu 3 - Jean Michel Ré

Mysticisme & Psychologie

Troisième et dernier tome de La Fleur de Dieu, Cosmos incarné est dans la lignée des précédents opus de la série.

Je ne vais pas vous faire l'article comme quoi il est difficile de parler du dernier tome d'une trilogie sans déflorer les tenants et aboutissants des premiers romans. Je vais donc faire court (encore plus que d'habitude !). Si vous avez lu La Fleur de Dieu et Les portes Célestes vous ne pouvez pas passer à côté de Cosmos Incarné. Peut-être serez-vous emballé comme Acaniel ou trouverez-vous comme Celindanaé que la conclusion est à la hauteur de l’ensemble. A moins que la Voie ne vous casse les noix comme le dit si bien Le Chien Critique

Je suis très mitigé sur ce dernier tome, je me suis par instants ennuyé quant à d'autres j'étais subjugué par les images que Jean Michel Ré est arrivé à me mettre devant les yeux grâce à une écriture enlevée. Mais le message développé m'a parfois laissé pantois et je n'ai pas totalement adhéré au discours (un peu trop mystique) de l'Enfant.

Le point fort du roman reste cet univers particulier, original et très prenant qui permet à l'auteur de laisser libre court à son imagination et au développement de "ses philosophies". L'évolution de certains personnages sur le plan psychologique, et plus particulièrement celui du Seigneur de Guerre de Latroce, fait partie des bonnes surprises.  

Les chapitres sont très courts et donnent du rythme au récit. L'auteur alterne entre l'action, la tension et des moments plus calmes de réflexion. Le petit plus étant les nombreuses pastilles, ces petits textes relatifs au passé de l'univers, qui permettent de mettre en perspective l’ensemble de l'histoire et de mieux appréhender la globalité des faits.

Court, vif et rythmé Cosmos Incarné clôt de manière satisfaisante la trilogie... on y adhérera ou pas !

Et je n'ai pas parlé du Glossaire, moins volumineux il est parfaitement dispensable ici. Nous sommes en terrain connu, quelques nouveautés mais rien ne nécessitant des allers-retours vers celui-ci. Par contre, le lire à la fin permet de mesurer l’étendue de l'univers développé par Jean Michel Ré... et rien que pour ça, Chapeau !




vendredi 7 février 2020

Vous prendrez bien quelques nouvelles... (9)

Une brève histoire du Tunnel Transpacifique de Ken Liu et Avec ses yeux de Liu Cixin ont reçu tous les deux le prix Bifrost des lecteurs respectivement en 2016 et 2017. Et dans les deux cas, cela est amplement mérité. Ces deux nouvelles sont tout simplement exceptionnelles. Vous pouvez retrouver celle de Ken Liu dans le recueil Jardins de poussière publié au Bélial.

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Époustouflant

Une brève histoire du Tunnel Transpacifique est une uchronie où le point de rupture avec le réel est la grande crise économique de 1929. Pour y remédier, les grandes puissances économiques, et plus particulièrement les Etats-Unis et le Japon, décident de financer un tunnel reliant ces deux pays. Ce chantier colossal demandant énormément de main d'oeuvre a modifié la face du monde. 

C'est Charlie, ancien tunnelier sur le chantier, qui va nous guider dans ce monde. Sa rencontre avec Betty une américaine va lui permettre de nous dévoiler la face cachée de cette immense construction sous-terrestre : le prix de la paix !

Ken Liu nous propose encore une fois un grand texte. En seulement quelques pages, l'auteur aborde de nombreuses thématiques (ségrégation, racisme, violence, exploitation humaine, nationalisme et militarisme) et nous interroge sur la condition humaine.

A l'instar de sa novella Une brève histoire du temps L'homme qui mit fin à l'histoireUne brève histoire du Tunnel Transpacifique est tout simplement époustouflante.