jeudi 5 décembre 2019

L'incivilité des fantômes - Rivers Solomon

Une claque émotionnelle

Après les premières critiques  plutôt dithyrambiques sur la version originale, j'attendais avec impatience la publication en français de ce premier roman de Rivers Solomon, L'incivilité des fantômes.   

Une partie de l'humanité a embarqué sur l'immense vaisseau-arche Le Matilda composé de vingt-six ponts numérotés de A à Z. A la conquête de l'Eldorado, ces derniers migrants ont quitté la Terre dévastée à la recherche d'une planète pouvant les accueillir pour un nouveau départ. Le pitch est pratiquement un copier-coller de celui d'Aurora de Kim Stanley Robinson et c'est à peu près le seul point commun entre les deux romans. Deux traitements différents pour un même sujet. Le point fort essentiel autour duquel tourne tout le roman est la ségrégation qui s'est installée sur le vaisseau en fonction des ponts. Les Hauts-Pontiens sont les riches, blancs, hétérosexuels qui vivent dans l'opulence et le confort que les Bas-Pontiens ne connaîtront jamais. Ces derniers sont traités comme des esclaves, ils sont noirs et/ou homosexuels. Parmi eux, Aster, une personne transgenre, noire, autiste qui essaye de découvrir pourquoi et comment sa mère est morte 25 ans plus tôt.

Je n'ai quasiment trouvé que des défauts à ce roman... et une seule qualité qui rend à elle seule cette lecture indispensable.

dimanche 24 novembre 2019

Station Métropolis direction Coruscant - Alain Musset

Les Cités de la peur 

Station Métropolis direction Coruscant est le deuxième essai de la collection Parallaxe que je lis. Après l'excellent Comment parler à un Alien ? de Frédéric Landragin qui explorait la linguistique, cet opus d'Alain Musset s’intéresse aux sciences sociales à travers la science-fiction et ses mégalopoles.

Après une courte introduction sur l'urbanophobie dans les œuvres de science-fiction, la première partie est consacrée à la découverte de ces immenses villes et à leurs différentes morphologies. De ces mégapoles existantes souvent malmenées comme Los Angeles et New York, aux villes sorties tout droit de l'imagination fertile des auteurs comme Métropolis et Coruscant, Alain Musset nous dresse une carte des cités possibles agrémentée de nombreuses références cinématographiques et littéraires.

La seconde partie s'intéresse à la population qui vit dans ces mégalopoles et aux discriminations qui en découlent. Le pouvoir et l'argent emmènent dans les hauteurs. Pour les autres ce sera les bas-fonds des buildings. La verticalité dans toute sa splendeur.

La troisième partie concerne les laissés-pour-compte, ceux qui vivent comme le dit l'auteur dans la merde et de la merde. Des pans entiers de ces cités laissées à l'abandon où les hommes survivent à défaut d'y vivre, voient les mafias prendre le pouvoir. Là encore, les similitudes entre œuvre de fiction et réalité sont nombreuses, à se demander laquelle influence l'autre.

Surveillance et technologies au coeur de la ville, temple de la consommation, sont à la base de la réflexion de la dernière partie. Les auteurs de Science-Fiction ont les idées, les "progrès scientifiques" les mettent en application, le tout au détriment de ceux qui y habitent. Dictature et totalitarisme deviennent la norme dans ces villes supposées idéales.

Station Métropolis direction Coruscant est un ouvrage très documenté, la bibliographie d'une dizaine de pages en atteste mais Alain Musset se réfère aussi au cinéma. Il fait également un parallèle entre fiction et réalité et démontre que les pires cauchemars des auteurs prennent petit à petit vie dans nos sociétés actuelles. Les auteurs et autrices de SF sont en quelque sorte les lanceurs d'alertes de notre futur.

Encore une fois, Le Bélial sort des sentiers battus en nous mettant dans les mains un ouvrage intelligent et passionnant. Après la linguistique voilà que je m’intéresse à la géographie, j'attends avec impatience le prochain opus de la collection Parallaxe. D'ici là, je relirais bien Les Monades Urbaines de Robert Silverberg, l'une de mes premières lectures au coeur de ces vertigineuses cités.






lundi 18 novembre 2019

Vous prendrez bien quelques nouvelles... (5)

Trois autrices, trois univers

Cela faisait longtemps que je n'avais pas pioché quelques nouvelles chez 1115 Editions. J'ai profité de leur dernière salve de publications pour me replonger dans leur catalogue. Résultat : trois autrices, trois genres et trois ressentis différents.

Visite Fantôme de Luce Basseterre

Petit tour au pays des maisons hantées avec cette première nouvelle. Luce Basseterre renouvelle le genre tout en gardant les codes du fantastique. Son écriture est très visuelle, on sent l'atmosphère poussiéreuse de cette maison qui n'existe peut-être pas. Les descriptions colorées de cette bicoque alambiquée vous happent. Impossible de sortir de l'histoire et même une fois la nouvelle terminée, on aimerait y retourner pour en savoir plus. Le seul bémol restera pour moi la chute qui ne m'a pas enthousiasmé. 


Forestier, Chausseur d'Elisa Wild

Cette nouvelle que je définirais comme érotico-étrange m'a laissé de marbre. Je n'ai pas bien compris le cheminement de l'histoire. Pourtant cela commençait bien : très intrigant, une belle plume mais je me suis perdu en route.


Infiniment de Louise Roullier

Infiniment est le genre de texte qui vous fait aimer les nouvelles. Ce texte commence comme une banale histoire de science-fiction, des chercheurs tripatouillent l’ADN humain afin d’augmenter l’espérance de vie. Une fois la mise en place faite, le récit prend une tournure vertigineuse. En quelques lignes, Louise Rouillier nous emmène loin, très loin dans l’espace et dans le temps. Le Sense of Wonder dans toute sa splendeur. 

Infiniment m’a fait penser à la phrase de Kafka : l’éternité c’est long, surtout vers la fin !


Ces lectures confirment tout le bien que je pense de cette petite maison d'édition lyonnaise qu'est 1115 Editions. Les textes présentés sont toujours de qualité et très diversifiés, il y en a pour tous les goûts, on accrochera plus ou moins selon notre sensibilité mais il serait dommage de ne pas profiter de leurs publications, avec un rapport qualité/prix inégalable.



Et l'avis, plus détaillé, de Feyd Rautha sur Infiniment



mercredi 13 novembre 2019

Les portes célestes - La fleur de Dieu 2 - Jean Michel Ré

Violence & Zénitude

Retour dans l'univers de Jean-Michel Ré avec Les Portes Célestes, le second tome de La Fleur de Dieu. Tout comme dans le premier opus, ce deuxième roman comporte lui aussi un bon gros glossaire. Sauf que celui-ci est plus dispensable pendant la lecture. Un ou deux aller-retour pour se replonger dans l'univers de l'auteur devraient suffire. Par contre il est indispensable de le lire à la fin du roman, il parachève, complète parfaitement cette seconde partie. 

La lecture des Portes Célestes est beaucoup plus facile et beaucoup plus fluide. Après un premier tome introductif, Jean Michel Ré développe son histoire. Celle-ci est à la fois plus politique, plus vive et en même temps plus réflective. La tension va crescendo et la construction du roman alternant entre les différents personnages ajoute du suspense à l'histoire. Bref, un second tome plus enlevé, plus efficace.

vendredi 8 novembre 2019

Les Testaments - Margaret Atwood

Rien de neuf sous la coiffe blanche !

Plus de trente ans après la publication de son best-seller La servante écarlate, Margaret Atwood revient avec la suite, Les Testaments. Suite au succès de la série TV, l'autrice s'est lancée dans l'écriture de ce second opus. Reste à savoir si celui-ci était justifié ?

Margaret Atwood évite le piège d'une suite classique et préfère nous servir un roman complètement  indépendant qui peut se suffire à lui-même. Oubliée June, même si sa présence hante ce second récit. Avec Les Testaments, l'autrice nous emmène au coeur de Gilead, pardon de Galaad. (La traductrice ayant opté pour certaines modifications linguistiques qui pourront choquer quelques puristes - voir son interview sur le Huffingtonpost)

Les Testaments est la réunion de trois témoignages. Agnès, qui vit au coeur du système de Galaad, est une jeune fille destinée à devenir Épouse. Daisy, une adolescente canadienne pour qui la dictature de Galaad est loin de ses préoccupations quotidiennes. Et enfin Tante Lydia, figure emblématique à l'origine du système. Ces trois femmes aux profils très différents seront parties prenantes dans l'effondrement de cette dictature.