Les Loups de Babylone - Anne Percin

 
Voyage en terre inconnue

La manufacture de livres multiplie les romans noirs sociétaux ou politiques écrits par des autrices et auteurs francophones, qui délaissent les grandes villes pour situer leurs intrigues au coeur des territoires ruraux. On se souviendra de L'homme assis au carrefour de Chabottes qui se déroule du côté de Megève, Derrière la Chair dans la banlieue havraise ou La Dernière Etape dans un rade paumé du Sud de la France. Avec Les Loups de Babylone direction les espaces désertiques de l'Aveyron et plus précisément le long du Tarn, sur les plateaux du Larzac.

Anne Percin nous offre un roman tripartite. D'un côté Estéban, un collégien issu d'une communauté de paysans-écolos autarciques et décroissants, de l'autre Cassandra, une gamine ballotée de famille d'accueil en foyer, enfin Sophie, une gendarme, nouvellement arrivée à Millau. De chapitre en chapitre, on découvre la communauté écolo, son mode de vie et ses idéaux à travers la voix d'Estéban, confrontée à celle qu'elle nomme Babylone, cité de surconsommation. Puis vient la rencontre avec Cassandra, elle aussi rejetée par les autres mais pour d'autres raisons. Enfin, on explore le passé de Sophie et les raisons de son arrivée au coeur de ces grands espaces.

Quelques semaines après son installation à la gendarmerie, Sophie reçoit la visite d'un couple venu signaler la disparition de leur fille, militante zadiste qui aurait séjourné dans les environs et dont ils sont sans nouvelles depuis plusieurs jours. Une enquête est ouverte, et la gendarme va petit à petit découvrir la vie sur les causses, les non-dits de la population locale, et la détestation du bleu au sein de la communauté.

L'autrice dépeint d'abord les paysages somptueux au-dessus des gorges du Tarn, où les vautours sont rois, les falaises abruptes, les avens nombreux et profonds, les forêts denses et les plateaux désertiques. Des paysages très contrastés à l'image des personnages qui y vivent, où la demi-mesure n'existe pas. Entre ceux qui détestent l'Etat et ses représentants, les "urbains" qui regardent d'un mauvais œil ceux qui prônent une vie différente, la mixité se fait rare. La faute incombe toujours à l'autre quoi qu'il arrive. Heureusement, quelques bonnes volontés parviennent à échanger, à se comprendre en partie et à faire un bout de chemin ensemble. 

L'intrigue, un prétexte à nous présenter ces lieux magnifiques et la diversité des êtres qui y vivent, est rondement menée, simple et efficace, sans esbroufe ni retournements improbables à l'image de ce roman.

Les Loups de Babylone est un voyage en terre (in)connue, qui vous invite à regarder ces campagnes profondes d'un autre œil, à la découvrir si vous ne les connaissez pas et à y retourner si vous les connaissez déjà.


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