Faux-Semblant
Frédéric Andréi, acteur, réalisateur et romancier, a récemment délaissé les plateaux de cinéma pour se consacrer à la littérature. Avec L'homme assis au carrefour de Chabottes, son quatrième roman, il explore l'univers des sleuthers, des citoyens lambdas qui se regroupent sur les réseaux sociaux pour tenter de résoudre des affaires non élucidées. Ce jeu grandeur nature, où les cyber-enquéteurs rêvent de damer le pion aux forces de l'ordre, est surtout une compétition entre les différents participants, chacun voulant être celui ou celle qui démasquera le coupable et ainsi accédera à la reconnaissance.
L'originalité de ce roman réside dans sa construction narrative. Frédéric Andréi place le lecteur au coeur d'une enquête à travers Chloé Gutman, gendarme adjoint volontaire, une stagiaire chargée de consigner l'interrogatoire de Loïc Payan, alité dans un service de soins intensifs et que l'équipe hospitalière surnomme le Miraculé. Contrairement à son chef, elle ignore qui est cet homme et les raisons de son interrogatoire. Dès qu'elle tente de se renseigner, on la rappelle à l'ordre. Quand son chef est remplacé, son étonnement redouble mais sa mission reste inchangée. Insolente et effrontée, Chloé parvient tout de même à nouer un contact avec Loïc, et une complicité s'installe. Elle découvre alors qu'il menait une enquête avec d'autres internautes sur le meurtre d'une skieuse survenu quelques années plus tôt à Megève et plonge en même temps que nous dans le monde des Sherlock Holmes du web : les sleuthers.
Après un début nébuleux, le récit s'éclaircit au fil des pages, révélant petit à petit les nœuds de l'intrigue. Tout est savamment dosé : l'auteur n'en fait jamais trop, que ce soit dans les rebondissements ou les révélations. La construction rend la lecture immersive et prenante, le tout agrémenté d'une jolie plume, d'un humour un peu vachard, et d'une ironie mordante sur les rapports humains, qu'il dépeint avec une justesse sans faille.
L'homme assis au carrefour de Chabottes est un immense jeu de dupes, où Frédéric Andrei, balade sa gendarme adjointe volontaire, et donc son lecteur, dans de multiples faux-semblants. Le dénouement surprenant et les croquignolesques derniers chapitres ajoutent une touche finale pleine de saveur.
Une fois de plus, La Manufacture de Livres nous propose un polar original sortant des sentiers battus, merveilleusement documenté, intelligent et savoureux.

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