En 1977, les sondes Voyager embarquent à leur bord des disques contenant des informations sur l'espèce humaine et la planète Terre, sous forme d'enregistrements sonores, de photographies, d'extraits de musique... une bouteille à la mer à l'intention du vide intersidéral dans l'espoir qu'il ne soit pas aussi vide que cela ! Léa Cuenin indique dans cette interview que ces Golden Records sont à l'origine de son roman Memory Palace.
Dans un futur proche, le dérèglement climatique n'est plus une vue de l'esprit mais une cruelle réalité. La montée des eaux est violente, la Terre agonise et l'Humanité est au bord de l'extinction. Une base de lancement, construite par un magnat des affaires au pouvoir démesuré et aux idées nauséabondes, a été abandonnée et aujourd'hui quasiment oubliée. En sommeil depuis des années, elle abrite Palace, une IA qui attend patiemment sa réactivation. Elle gère les équipements, maintient la structure en état et surveille l’extérieur. Jusqu’à ce que trois femmes — bientôt cinq — débarquent, remplaçant la bande de goélands qui traînait dans les parages. Leur mission : archiver la mémoire de la Terre pour la projeter vers les étoiles.
Memory Palace est un roman féminin et féministe jusque dans son écriture, centré sur la mémoire. Cinq protagonistes au caractère bien trempé, cinq femmes écorchées vives, forment un groupe hétéroclite uni par un objectif commun : laisser une trace pour l'avenir. À leurs côtés, Palace — personnage à part entière — l'IA omniprésente, insidieuse et dérangeante joue sa propre partition. Léa Cuenin nous plonge dans ce futur postapocalyptique, explorant les responsabilités politiques, économiques et scientifiques et, non sans mélancolie, nous promet un infime espoir à base de résilience et de résistance. On pourra juste regretter quelques incohérences et facilités scientifiques voire quelques raccourcis un peu abrupts mais cela n'entache que peu le propos.
Avec Memory Palace, Léa Cuenin nous interroge sur la transmission, sur la mémoire et sur la réalité de l'Histoire. Que faut-il archiver et pourquoi ? Doit-on tout transmettre ou oublier ce qui nous semble anecdotique, inutile, dangereux ? Mais dans ce cas qui choisit ? Sur quels critères ? D'autant plus quand la mémoire collective est truffée de contre-vérités, et où seule la pensée des dominants a été partagée à travers les siècles...
Un premier roman plus que réussi, de la belle science-fiction qui interroge et qui émerveille !

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