Bavard comme une tombe
Les Editions Timelapse sont une maison d'édition récente d'à peine un an d'existence. Elles publient des romans qui participent à l’élaboration de nouveaux imaginaires, et ont édité en 2025 quatre romans et deux novellas dans une collection intitulée Novellapse. Jean-Yves (créateur du blog les Mondes de Poche) a mis en avant sur les réseaux sociaux l'un de leurs textes, celui de Julia Richard : (Dés)incarnations.
Cette novella d'un peu moins de quatre-vingts pages a pour narratrice, Marie Février, la tombe d'un cimetière. Vous avez bien lu, ce n'est pas la personne enterrée mais bien la pierre tombale qui sera notre guide. Elle nous fera découvrir les coulisses de ces lieux propices au recueillement et à la déambulation, dans un monde en pleine mutation où la technologie et l'Intelligence Artificielle débarquent elles aussi au royaume des morts...
En partant d'un constat simple : il n'existe aucun endroit où nous ne sommes pas connectés, Julia Richard se demande pourquoi les cimetières échapperaient à l'intrusion de l'IA, et développe une idée originale et un texte subtilement construit. Quand les tombes de granite pensent, réfléchissent et échangent entre elles, l'arrivée de leurs homologues 2.0 faits de métal et d'acier et intégrant une IA, bouleverse le calme des lieux. A travers différents moments de vie, s'étalant sur le temps long (les tombes ont du temps, beaucoup de temps), l’autrice aborde l’évolution de notre monde et le développement des technologies. Ces dernières, censées rapprocher, peuvent aussi engendrer un isolement et un mal-être plus profond, surtout quand le deuil touche une famille. Et si la connexion post-mortem promet d'apaiser, elle crée souvent une solitude et une souffrance plus grandes chez ceux qui restent.
Entre humour et poésie, sarcasme et subtilité, Julia Richard nous invite à une introspection sur notre destinée. Non pas celle qui adviendra tôt ou tard mais celle du monde dans lequel nous vivons, un monde où nous ne sommes plus du tout connectés les unes aux autres, malgré ce qu'on veut bien nous faire croire.
A noter également le remarquable travail d'écriture pour féminiser au maximum le texte. Les deux postfaces de l'autrice et de l'éditrice expliquent et assument pleinement ce choix très pertinent. Dans la lignée des Editions Argyll, les Editions Timelapse sont une maison féminine et féministe, une maison à lire et à (faire) découvrir.
Les avis : des Blablas de Tachan,

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