Plongée en Hard-SF
On ne présente plus la collection RéciFs des éditions Argyll qui, après un peu plus d'un an et demi d'existence, commence à s'implanter durablement dans le paysage imaginaire français. A l'instar de la collection Une-Heure-Lumière du Bélial, cette collection a son identité propre que ce soit par le choix de ses textes tous écrits par des plumes féminines ou non-genrées, et par sa charte graphique avec les superbes couvertures d'Anouck Faure.
Submergée, d'Arula Ratnakar, est la dixième novella de la collection RéciFs et la première de Hard-Science et une Hard-Science particulièrement pointue. Neuroscientifique de renom, l'autrice nous plonge dans son domaine de prédilection, nous abreuvant de termes biochimiques et biologiques tout au long du récit. Si cela peut constituer un frein pour une partie du lectorat, l'incompréhension des échanges moléculaires au niveau cellulaire n'entrave ni la compréhension globale du texte ni l'immersion dans ce thriller 2.0. Le récit s'accompagne d'un questionnement éthique sur la recherche scientifique et notre rapport à l'environnement et l'écologie. On appréciera au passage la traduction impeccable de Jean-Daniel Brèque qui rend l'ensemble très fluide.
Dans un futur proche, les épidémies consécutives au réchauffement climatique font rage. Les scientifiques se tournent vers les profondeurs océaniques pour y trouver des remèdes au détriment de la faune et de la flore locales. Noor, une brillante scientifique travaillant sur le sujet, meurt dans des circonstances troubles. Grâce à une technologie mémorielle révolutionnaire, Nithya, une enquêtrice, plonge dans les souvenirs de la défunte, revivant littéralement les moments clés de sa vie. Petit à petit elle découvre les lourds secrets entourant la disparition de Noor et voit ses propres souvenirs fusionner avec les siens.
Submergée ne nous laisse aucun répit. Dès les premières pages Arula Ratnakar nous entraine dans un univers scientifique de pointe, nous laissant dériver au gré des expériences sans nous livrer toutes les clefs. La construction narrative complexe brouille le récit : les souvenirs d'hier se mêlant au temps présent et l'imbrication mémorielle des différentes protagonistes participent à une certaine confusion. Mais avec un minimum de concentration, l'engouement pour l'histoire s'impose, portée par des personnages d'une complexité et d'une profondeur rares.
En une centaine de pages, l'autrice parvient à construire un univers complet, des personnages touchants, et une histoire originale que l'on pourrait rapprocher aux textes de Ray Nayler : Défense d'extinction et La Montagne sous la Mer avec qui elle partage de nombreux points communs. Passionnante de bout en bout, intelligente et émouvante, Submergée est sans conteste l'une des plus belles novellas de ces dernières années.
Les avis de : Nocher des Livres, Fantasy à la carte,

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