Les preuves de mon innocence - Jonathan Coe

 
Testament à l'anglaise

Pour son dernier roman (en date !), Jonathan Coe, l'auteur britannique connu pour ses écrits piquants sur l'Angleterre contemporaine et pour ses critiques acerbes de la politique menée depuis plus de quarante ans dans le royaume, change légèrement de registre en nous proposant un polar tragi-comique !

Lors d'un séminaire organisé dans un manoir du nord de l'Angleterre par la branche la plus extrême des conservateurs, Christopher Swan, blogueur progressiste, est assassiné. L'enquête échoit à Prudence Freeborne, une policière sur le point de prendre sa retraite. Rashida, la fille de la victime, mène ses propres investigations en compagnie de Phyl, une apprentie romancière qui avait rencontré Chris, un ami de jeunesse de sa mère, avant qu'il ne parte pour ce colloque...

Ces quelques lignes ne font qu'esquisser ce qui attend le lectorat des Preuves de mon innocence. Un roman fourre-tout où l'auteur britannique casse ses propres codes, mêlant thriller et cosy crime, mixant pastiche littéraire et autofiction, tout en tissant une intrigue embrassant plus d'un demi-siècle, depuis l'arrivée de Margaret Thatcher au 10 Downing Street jusqu'à l'éphémère Première ministre Liz Truss et la disparition d'Elizabeth II. Sans oublier une bonne dose de satire sociale et politique qui ont fait sa renommée.

Jonathan Coe dresse un panorama complet du mouvement conservateur depuis la fin des années 70 et l'arrivée du thatchérisme jusqu'au post-Brexit. Entre la montée des extrêmes et la désinformation galopante, il dépeint habilement notre société où les élites conservatrices sont tombées dans un populisme de bas étage à des fins électorales. C'est dans ces considérations politiques que Coe est le plus efficace. Malheureusement, celles-ci sont noyées dans des digressions littéraires (surtout dans la seconde moitié du livre) qui ne parlent qu'au petit monde de l'édition et à ceux et celles qui aimeraient l'intégrer mais qui n'ont au final que peu d'intérêt pour le lectorat lambda. A cela s'ajoute une intrigue poussive, des longueurs insupportables et une résolution vacillante.

Les Preuves de mon innocence est probablement le roman le plus autobiographique de l'auteur et celui où il s'est le plus amusé (contrairement à ses lecteurs !). Une autocritique en forme de testament qui pourrait clôturer la belle et longue carrière de l'écrivain sur une note légèrement différente du reste de son œuvre. Mais cet opus ne restera pas dans les annales et on retiendra ses romans plus politiques, plus engagés comme sa trilogie des Enfants de Longbridge.


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