Chien 51 - Laurent Gaudé

Bon polar SF ou Ennui mortel !

Laurent Gaudé est un auteur très prolifique et plutôt bien accueilli par la critique et le lectorat mainstream. Avec son dernier roman Chien 51, il aborde pour la première fois, me semble t-il, des thématiques sciences fictives et plus particulièrement dystopiques. L'occasion est trop belle de découvrir sa plume dans un genre qui m'est cher.

Zem Sparak, la cinquantaine est un "chien" de la Zone 3 de Magnapole, c'est-à-dire un flic officiant dans les bas quartiers où vivent ceux qui n'ont accès à rien mais qui sont exploités par la multinationale GoldTex. Celle-ci a acheté la Grèce après sa faillite et règne sur son territoire selon ses propres lois. Zem n'a pas toujours été de ce côté de la barrière. Dans sa jeunesse il faisait partie de ceux qui se battaient pour que sa Grèce natale reste libre. Mais la réalité a eu raison de ses idéaux, aujourd'hui encore il vit dans la culpabilité et prend régulièrement de l'Okios, une drogue puissante qui lui permet de revoir les paysages de son enfance. Quand il est appelé sur une nouvelle affaire, un meurtre sordide, il ne se doute pas que son passé va ressurgir et le confronter à des choix cornéliens.

Chien 51 est un polar d'anticipation, un thriller dystopique que l'on pourra lire de deux façons différentes selon que l'on est ou pas un habitué du genre.

Les amateurs de "thriller classique" y trouveront une honnête enquête policière avec ses fausses pistes et ses révélations surprenantes. Laurent Gaudé décrit un monde de demain qui ressemble étrangement à celui d'aujourd'hui. Il sera facile de faire des parallèles et de se faire peur. L'ambiance dystopique pourra séduire et/ou surprendre avec ses quelques scènes violentes. Pour eux Chien 51 sera probablement un bon polar dans une ambiance plutôt glauque.

En revanche pour le lecteur de SF, ce roman semblera bien fade. Laurent Gaudé empile les tropes de la dystopie : ultralibéralisme, société hautement sécurisée, population hyperconnectée sur fond de dérèglement écologique et de désordre social. Un futur sans espoir où les seuls moyens de déconnecter seront le sexe et la drogue, bref rien de vraiment rock and roll ! Aucun des concepts n'est vraiment développé comme si l'auteur avait pioché des idées ici et là pour abreuver son lectorat d'images marquantes. Pour eux Chien 51 sera plus proche de l'ennui.

Chien 51 est un roman de science-fiction qui sera probablement plus apprécié par les gens qui n'en lisent que très peu. Peut-on espérer qu'avec sa notoriété Laurent Gaudé éveille la curiosité chez ses lecteurs et leur donne envie de découvrir les littérature de l'imaginaire. Vœu pieu, je le sais bien !


C'est plus que de la SF a consacré une émission à Laurent Gaudé pour parler entre autre de Chien 51. Un podcast très intéressant où l'on découvre un auteur sympathique et humble qui me ferait presque regretter de ne pas avoir vraiment apprécié son roman.

Commentaires

  1. Et si on est autant lecteur de polar que de SF, ça donne quoi ? Un livre de Schrödinger, à la fois bon et moins bon ? ^^

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    1. Voilà, le seul moyen de savoir est de trouver ce beta lecteur. lol

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  2. Les avis sont partagés sur ce roman en effet.
    Très belle interview. L’auteur est sympa. J’avais bien aimé Ouragan un de ces romans.
    Arnaud

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    1. Cela montre que selon les affinités de genre le roman est perçu différemment. ;-)

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  3. J'avais apprécié l'humilité de l'auteur qui reconnaissait volontiers s'essayer à la SF.

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    1. Vraiment un auteur très sympa mais pour moi l'essai n'est pas transformé !

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  4. Le Nocher des livres1 novembre 2022 à 23:07

    Effectivement, pour des amateurs de SF, c'est un peu juste.

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  5. Ce n'est pas la première fois que je lis une critique mitigée de ce roman de la part d'un blogueur SF, alors que les blogueurs non-SF semblent l'avoir plus apprécié.
    C'est d'autant plus dommage si l'auteur est sympathique.

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    1. Non ce n'est pas dommage, c'est un peu le jeu. Et on oublie que nous sommes un microcosme (parfois) un peu élitiste.

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    1. Ce n'est pas un sacrifice, j'ai lu bien pire. C'est juste que nous ne sommes pas la cible.

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  7. Ça confirme ce que je pense, j'ai assez donné avec les romans de SF publiés en littérature générale (mais ça n'empêche pas TOUT LE MONDE de me demander si je l'ai lu et de ne pas comprendre pourquoi je passe mon tour 🤣)

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    1. Après il y a de la SF dans la littérature général qui vaut le coup. Je pense à quelques dystopie comme Isola d'Asa Avdic, L'épidémie d'Asa Ericsdotter ou Soeurs dans la nuit de Sarah Hall.

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    2. Merci je garde ces titres sous le coude

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