Les Migrations du futur - Anthologie

Tous migrants

Les Editions Arkuiris proposent régulièrement des anthologies regroupant des dizaines de textes sur des thèmes d'actualité. Patrice Quélard a regroupé ici seize nouvelles autour des Migrations du futur. Les auteurs et autrices présent.e.s dans cette anthologie ont chacun proposé un texte dans un futur plus ou moins proche, sur Terre ou à l'autre bout de la galaxie. Souvent cruels et cyniques ils ne laissent que peu d'espérance à l'humanité. Les déplacements de populations se font généralement contre le gré des migrants : catastrophes écologiques, guerres, espoir d'un avenir meilleur... sont le moteur de ces errances.

Au sommaire de cette anthologie je ne connaissais que Jean-Pierre Andrevon, Arnauld Pontier et  Audrey Pleynet (et c'est surtout pour cette dernière que je me suis lancé dans ce receuil). Je suis loin d'avoir accroché à tous les récits présentés. Comme souvent dans ce genre de pêle-mêle on trouve de tout, des petits bijoux comme des ennuis profonds.

Le premier texte qui m'a marqué est celui d'Emmanuel Delporte, Olympus Mons, dont l'action se déroule sur Mars. La planète rouge est devenue l'Eldorado pour les hommes. La Terre est dévastée, laissée à l'abandon, la seule solution est de trouver un passeur qui vous emmènera sur Mars. Une fois sur place peu de migrants pourront accéder à la citoyenneté martienne. Escalader les pentes du plus haut sommet du système solaire peut être la clef de la délivrance. Mais à quel prix ? Une jolie histoire bien construite. La balade sur Olympus Mons vaut le détour. La fin est des plus cruelles. Un des meilleurs textes de l'anthologie.

Cette fin atroce est partagée avec de nombreux autres textes. C'est le cas avec la nouvelle de Xavier-Marc Feury, Oublier les étoiles. Retour sur Terre et plus exactement sous les océans. Face à l'obscurantisme grandissant, des scientifiques ont construit un dôme sous-marin afin de conserver les connaissances humaines. Sur Terre, les mouvements sectaires rejettent les technologies. Après l’avènement des désastres écologiques annoncés, le retour à la Nature est la priorité. Un jeune garçon, en compagnie de ses parents, va tout faire pour atteindre le dôme dans l'espoir d'un avenir meilleur. Glaçant.

Arnauld Pontier, l'auteur de Sur Mars, nous dresse avec Eden et caetera, un portrait sans concession de l'Humanité. Vaniteuse, arrogante, individualiste et égoïste, elle tombe dans ses travers les plus sombres même quand une entité extra-terrestre lui permet d’accéder à de nouvelles technologies et des savoirs incroyables. Avec quelques facilités scénaristiques et peut-être un peu de naïveté, l'auteur nous montre que l'Homme est le point faible de l'évolution. La lecture d'Eden et caetera m'incite à lire sa novella Dehors, les Hommes tombent qui sortira à la fin du mois chez 1115 Editions.

La meilleure nouvelle est sans contestation possible Fille de l'Espace d'Audrey Pleynet. Encore une fois l'autrice dépeint un monde original et intelligent. Dans un futur très lointain, les hommes ont colonisé des centaines de planètes. Selon l'astre sur lequel vous êtes né, votre vie sera plus ou moins difficile. C'est ce qui a déclenché la guerre des planètes et failli mettre fin à la civilisation humaine. Pour mettre un terme à ces inégalités et à la guerre, il a été décidé de transformer tous les Hommes en migrants, en créant le système de Cycle : tous les six mois, une nouvelle planète, un nouveau chez soi... et ceux qui refusent se voient assigner à vie sur un vaisseau ou au bagne sur une planète lointaine. L'autrice s'attarde sur le Cycle de Théana, une adolescente de seize ans, qui croise sur une station relais Mika, un jeune homme de son âge. Mais il est difficile de s'attacher à quelqu'un quand vous êtes baladé d'une planète à l'autre deux fois par an. Au gré de ses migrations elle aura l'occasion de le recroiser...
Audrey Pleynet aborde en très peu de pages de nombreuses thématiques avec sensibilité et intelligence. Très bien écrit et très bien construit ce petit texte regorge de bonnes idées, les personnages sont sympathiques, l'histoire prenante. Bref encore un sans faute de l'autrice. Seul petit bémol, une chute un peu trop convenue, l'autrice nous ayant habitués à des twists beaucoup plus renversants... mais je chipote. Ce texte vaut à lui seul l'achat de l'anthologie.

J'aurais également pu vous parler de La mutation c'est la vie de Jacob Galissard qui, si on exclut le postulat de départ improbable où une entité extraterrestre posséderait un ADN compatible avec le nôtre, est d'un cynisme parfait. Ou de Jean-Yves Carlen avec Le Mur, où la construction d'un mur sur la Méditerranée est une arme à double tranchant excepté pour les puissants qui seront toujours du bon côté du mur !


Comme pour toutes les anthologies, la diversité des textes amène une disparité des ressentis. Il y a de la qualité dans ce recueil, les auteurs français ont du talent, de l'imagination et Les Migrations du futur nous le démontre. Sur un thème fort, au coeur de l'actualité, ces textes replacent l'Homme au centre du jeu en démontrant que voulu ou subi nous seront tous migrants un jour.

Commentaires

  1. Ah, cette couverture. Je ne m'en lasse pas.
    Y'a des textes avec un peu de joie ou d'espoir ou pas du tout ?

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    1. Il y a de l'espoir dans chacun des textes mais cela reste quand même sombre...

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  2. Le recueil numérique étant dispo à un prix infime, je crois que je vais me laisser tenter.

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    1. Tu peux y aller sans crainte. A ce prix, tu ne risques pas grand chose !

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  3. Je vais me le prendre car les thèmes me plaisent, ça me permettra de découvrir des nouveaux auteurs, français de plus. Et effectivement le prix en numérique est dérisoire.

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    1. Voila, ce n'est pas un investissement risqué !

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