mercredi 20 juin 2018

Dernières fleurs avant la fin du monde - Nicolas Cartelet



Après avoir lu Une histoire des abeilles de Maja Lunde, je continue dans les récits autour d'un futur sans abeilles avec le court roman de Nicolas Cartelet, Dernières fleurs avant la fin du monde. Il me restera à lire Le sang des fleurs de Johanna Sinisalo sur le même thème pour compléter une belle trilogie. 

Dernières fleurs avant la fin du monde est un roman (post) apocalyptique, la nature telle que nous la connaissons n'existe plus. La végétation dépérit, plus aucun animal ne rode sur les plaines, il  ne reste que quelques exploitations où les Hommes font office de pollinisateur pour gagner une maigre subsistance. Un avenir gris, sombre, sans âme, où la majorité de la population est devenue esclave. Trimer le jour dans les champs ou dans les usines et retourner le soir dans les cités dortoir où l’électricité est distribuée pendant une petite demi-heure, juste le temps de faire chauffer sa ration de patates. A l'autre bout de la chaîne, de riches propriétaires essayent de maximiser les rendements mais la terre est appauvrie et toutes les exploitations sont sur le déclin.

Albert Villeneuve, chef de section dans une plantation est le parfait Antihéros. C'est l'homme moyen dans toute sa splendeur : cultivé, brillant, se souvenant du passé glorieux et espérant un monde meilleur, il rêve de révolution. Son érudition lui permet d'approcher le propriétaire de son exploitation. Celui-ci a une mission spéciale pour lui...

Les premières pages sont d'un effroyable réalisme, Nicolas Cartelet nous plonge dans ce futur probable sans couleurs, sans odeurs et surtout sans avenir. Avec diviser pour mieux régner comme leitmotiv, l'auteur nous montre la facilité avec laquelle les Hommes se retournent d'abord vers leurs semblables plutôt que vers ceux qui les exploitent. L’égoïsme, la peur, la colère et la haine sont des outils puissants qui permettent de contrôler les foules. Rien de nouveau mais ici, les phrases claquent, les mots sont simples mais ils marquent.

Petit à petit l'auteur délaisse cette révolution, ce chaos pour un récit plus intimiste. La rencontre avec la fille de son riche propriétaire va transformer la vie d'Albert Villeneuve. Et encore une fois, le portrait peint est nuancé, pas de manichéisme outrancier. Chaque personnage a ses fissures, rien n'est jamais lisse. C'est la grande force de ce livre, un réalisme glaçant où les défauts des uns et des autres ont un effet miroir sur notre vie.

Pour conclure, le récit nous montre que nous sommes tous des Albert Villeneuve, plein d'espoirs et de rêves. Mais confrontés à la triste réalité et soumis au système nous cédons parfois à la facilité et à l’égoïsme.

Derniers fleurs avant la fin du monde est un livre qui marque, un livre qui choque mais qui fait réfléchir en plus d'être très agréable à lire. Une belle découverte qui vous plonge dans toutes la palette des sentiments humains des plus beaux au moins enviables.

8 commentaires:

  1. Au niveau déprimant, on est plutôt haut, non ?

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    1. Oui et non, ça dépend du niveau de lecture et du ressenti de chacun.

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  2. J'ai vu passer ce livre dans les étagères nouveautés numériques de ma médiathèque. Et comme j'avais vu sur Facebook ton post, j'avais envie de l'emprunter.
    Ton avis ne fait que renforcer mon désir de le lire.
    (après un petit hiatus, nos lectures s'entrecroisent de nouveau)
    Sur ce sujet des abeilles, il y a un reportage mardi 26 juin sur Arte https://www.arte.tv/fr/videos/079472-003-A/arte-regards/ La Belgique aurait trouvé une solution alternative !

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    1. J'ai hâte de voir ton avis... ;-)
      Bonne lecture

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  3. Ta chronique est la deuxième que je lis sur le livre de Nicolas Cartelet et la deuxième qui encense ce livre post-apo qui m'a l'air d'un réalisme assez glaçant.
    Superbe chronique... peut être que je me laisserai tenter ;)

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    1. C'est très bien écrit avec une petite préférence pour la première moitié du livre.

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  4. Ca à l'air terriblement déprimant... même s'il en faut pour prendre conscience de certaines réalités.

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    1. Oui mais l'espoir est présent tout le long...

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