On ne présente plus Tade Thompson, cet auteur britannique d'origine nigériane, psychiatre de profession et auteur du space-opera Loin de la lumière des cieux, de la trilogie Rosewater (J'ai Lu) et de celle de Molly Southbourne (Le Bélial') dont les écrits s'accompagnent souvent d'un petit côté gore horrifique. Les Expiateurs, dernière novella de la collection Une-Heure-Lumière n'échappe pas à la règle, même si cela reste ici plus diffus et beaucoup moins sanguinolent.
Cette novella s'inscrit dans le même univers que sa nouvelle, Expiation publiée dans le Bifrost 106. A mon humble avis, il est d'ailleurs préférable de ne pas l'avoir lue avant d'entamer cette nouvelle pépite de Tade Thompson qui se démarque par son atmosphère particulièrement déroutante.
L'écriture est froide, très clinique. Les phrases sont courtes, l'ambiance pesante. Les personnages semblent sans contour ni émotion : mécaniques. Le tout est renforcé par une construction sibylline. Les titres des chapitres sont tout aussi évocateurs qu'inexpressifs. L'étrangeté ressentie est finalement la base même de cette novella, minimaliste jusque dans son style.
Mais de quoi parle-t-elle ? D'une histoire classique. De nos jours, une mère et sa fille sont suivies dans un quartier paisible de Londres. Arrivées chez elles, elles sont sauvagement assassinées par celui qui les poursuivait. L'enquête échoit à Eve Stevens qui pense avoir affaire à un crime passionnel, avant de découvrir des indices qui l'emmènent dans une tout autre direction... Une direction qui scotchera le lectorat n'ayant aucune idée de ce qui l'attend (et qui étonnera moins celui qui a lu la nouvelle évoquée précédemment !).
Dans les deux cas, on ne pourra qu'apprécier le tour de force de Tade Thompson, son imagination et sa facilité à désorienter son public, le surprenant une nouvelle fois.
De plus, ce texte est bourré de références plus ou moins faciles à déchiffrer, dont certaines ne nous seraient probablement pas venues à l'esprit si Jean-Daniel Brèque, le traducteur, n'avait pas pris le temps de les expliquer dans une courte postface.
Habile, maline, inattendue (si vous n'avez pas lu la quatrième de couverture, les différentes chroniques qui spoilent parfois, ou la nouvelle Expiation) Les Expiateurs, est une novella très classique dans sa construction mais rondement menée. Une lecture minimaliste, étrange et efficace, à l'image de son titre.
Les avis de Fantastinet, du Syndrome Quickson, de Yuyine, de Gromovar, de Weirdaholic, de L'épaule d'Orion, des Mondes de Poche

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