La Pratique, L'Horizon et la Chaine - Sofia Samatar

 
Allégorie spatiale de l'esclavage

La Pratique, l'Horizon et la Chaîne est la deuxième novella de Sofia Samatar, après Hard Mary, à paraitre dans la collection RéciFs des éditions Argyll. Une plume engagée à l’image de cette collection audacieuse dont on appréciera, une fois encore l'illustration signée Anouck Faure.

La Pratique, l'Horizon et la Chaîne est un huis clos spatial qui aborde la question de l’esclavage à travers une allégorie maritime transposée dans l’espace. Cette traversée à bord d’un vaisseau résonne comme un écho poignant des navires de la traite transatlantique. Le parallèle est profondément ancré dans le récit, qui s'ouvre dans la Cale d'un des vaisseaux de l'armada spatiale avec le garçon, anonymisé, sans prénom. Il incarne cette masse interchangeable, tous enchainés les uns aux autres, contraints au travail pour le bénéfice de l'Elite qui se prélasse dans les étages supérieurs. Un jour, il est désenchainé pour être présenté à une professeure qui doit l'éduquer et lui faire découvrir le monde d'en haut... le voilà affranchi. Mais dans quel but ?

La prose de Sofia Samatar est délicate, poétique et lumineuse. Le récit cryptique presque conceptuel mise avant tout sur l'émotion et les paraboles pour transmettre son message. Les concepts métaphysiques, philosophiques ou sociologiques dominent, explicitant les inégalités sociales et les mécanismes d'oppression. Quant au mysticisme, ancré dans la chair des gens de la Cale, il symbolise la résistance face à la rationalité de l'Elite, et peut dérouter les lecteurs et lectrices les plus cartésien.ne.s.

A la fois elliptique et cryptique, La Pratique, l'Horizon et la Chaîne est un récit dense, avide de questionnements. Une lecture qui marque et, une fois le livre refermé, incite à explorer d’autres textes de Sofia Samatar.


Commentaires