Isolation - Greg Egan

 
Polar quantique

Depuis près de vingt ans, Le Bélial nous permet de découvrir Greg Egan, connu comme l'un des maîtres de la Hard-SF. Après nous avoir proposé trois recueils de nouvelles (Axiomatique, Radieux, Océanique), deux novellas (Cérès et Vesta, A dos de crocodile) et plusieurs romans dont l'emblématique Diaspora, la maison d'édition Seine-et-Marnaise réédite Isolation, premier roman de l'auteur australien (en fait le second mais l'auteur, lui-même, a renié sa première œuvre !) paru en 1992.

Isolation débute comme un polar cyberpunk classique : Nick, un ancien flic, bardé de mods (implants neuronaux permettant de modifier le fonctionnement du cerveau) et affublé de nombreux gadgets technologiques, est engagé pour retrouver Laura, une handicapée mentale sévère qui se serait échappée de l'hôpital dans lequelle elle séjourne. Le cadre lui est un peu moins traditionnel, nous sommes en 2067, trente-trois ans après que le Système Solaire a été prisonnier d'une "Bulle" d'origine inconnue qui lui occulte les étoiles.

Après cette mise en place, Greg Egan entre en jeu et avec lui les concepts de physique quantique dont le principal est la réduction consciente du paquet d'onde. Le récit prend une tout autre tournure, explorant les conséquences d'un monde quantique à échelle macroscopique. Véritable cours de vulgarisation scientifique (assez accessible) qui nous plonge dans ce monde probabiliste où l'observateur pourrait choisir parmi les futurs possibles celui qu'il voudrait voir être réel.

Greg Egan parvient à lier l'ensemble : la disparition de Laura, la Bulle et la réduction du paquet d'onde en une seule et même histoire autour de grandes questions scientifiques et métaphysiques. Rendre compréhensibles des concepts aussi exotiques est du grand art. Certes certains passages restent particulièrement complexes voire abscons et je serais bien présomptueux de dire que j'ai compris toutes les abstractions mises en jeu, ou que j'ai saisi tous les tenants et aboutissants. Mais les grandes lignes sont claires et le voyage est merveilleux. En outre, Isolation n'est pas qu'un précis de physique quantique, c'est surtout un roman qui nous amène à nous interroger sur notre monde et sur la notion de libre-arbitre ou à nous questionner sur notre identité...

Rares sont les romans cyberpunk de plus de trente ans à toujours être d'actualité ou à ne pas être démodés. Isolation est de ceux-là et restera encore longtemps une lecture extraordinaire, certes ardue mais qui apporte outre du plaisir, un véritable enchantement.


Les avis d'Apophis, de l'Epaule d'Orion, de Gromovar, de Weirdaholic



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