Sweet Harmony - Claire North

 
L'accroc des nanos

Après trois remarquables romans publiés aux défuntes éditions Delpierre : Les quinze premières vies d'Harry August, Touch et La soudaine apparition de Hope Arden au milieu des années 2010, Claire North est revenue, en 2022, sur le devant de la scène, au Bélial, dans la collection Une-Heure-Lumière avec l'exceptionnelle trilogie de La Maison des Jeux. C'est dans cette même collection que nous la retrouvons aujourd'hui avec Sweet Harmony, une novella biopunk.

Dans un avenir proche, l'essor des nanotechnologies a permis de révolutionner le monde de la santé. En injectant dans l'organisme des nanomachines, les problèmes de santé bénins disparaissent tout comme les plus graves qui sont au pire traités très rapidement et ne laissent que de rares séquelles. Encore faut-il avoir le package complet pour être protégé efficacement, mais celui-ci à un coût. Et pour ceux qui le veulent, de nombreuses extensions existent pour réguler son poids, pour s'adonner aux drogues et alcools sans effets néfastes, pour augmenter sa libido ou pour avoir des dents saines et blanches sans avoir besoin de les brosser. Encore faut-il avoir les moyens de se payer ces abonnements mensuels. Quand le patient, pardon le client, n'a plus les moyens de se les payer, les nanos sont désactivées et le corps reprend sa vie nominale avec toutes les conséquences que cela peut avoir. Finis la peau éclatante, les fesses fermes et autres "bienfaits". Depuis son adolescence Harmony Meads a recours à cette nanotechnologie de base à laquelle elle a ajouté de nombreuses extensions. A l'aube de ses trente ans, l'abonnement mensuel de celles-ci dépassant ses capacités de remboursement, sa vie bascule...

Claire North nous narre la vie d'une utilisatrice lambda qui se laisse entrainer tout doucement dans la surconsommation des nanotechnologies, disséquant les mécanismes qui entrainent cette dépendance. Sweet Harmony est une critique acerbe de notre société matérialiste et superficielle mais c'est aussi une attaque virulente contre une politique de santé où seuls les profits comptent, dénonçant ainsi un système à deux vitesses selon que l'on puisse se payer ou pas une vie saine. C'est également un cri d'alarme sur notre dépendance aux nouvelles technologies et à notre assujettissement aux entreprises privées qui les gèrent, faisant de nous des pantins sans libre arbitre.

Dans la lignée des écrits de Nancy Kress, Claire North avec Sweet Harmony nous propose un récit biopunk de qualité, intelligent et cruel qui reflète parfaitement la société consumériste qui nous entoure. Une novella coup de poing au final aussi désespérant que réaliste.

Les avis de L'épaule d'Orion


Commentaires

  1. C'est vrai que ça change pas mal de la trilogie qui a fait le succès de Claire North dans cette collection. Mais je suis d'accord avec toi, le propos est fort, coup de poing comme tu dis. La façon dont l’héroïne tombe de Charybde en Scylla a quelque chose de terrifiant.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tu n'as pas lu ses trois précédents romans, je te conseille surtout Les 15 premières vie d'Harry August qui est un peu dans l'esprit du premier roman de Stuart Turton et que tu as aimé, il me semble.
      Claire North a de nombreuses cordes à son arc. ;-)

      Supprimer
  2. 84K, aussi, était excellent !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est le seul que j'ai abandonné mais peut-être faudrait il que je le retente.

      Supprimer
    2. Dans ce cas, il faut que je lise 'Harry August' que j'ai en PAL, vu ta recommandation ! C'est vrai que le style de 84K peut rebuter, j'ai tenté de le faire découvrir autour de moi et ca n'a pas toujours pris.

      Supprimer
    3. Peut être qu'il faudrait que je le retente...

      Supprimer
  3. J'ai vu beaucoup de comparaisons avec Black Mirror, une série que j'ai abandonnée après le 1er épisode que j'avais trouvé absolument abominable et terrifiant. Mais Olive Oued en a parlé sur son compte Instagram hier et j'ai fait l'effort d'écouter pour ne pas rejeter en bloc ce bouquin. De fait, l'intrigue m'a beaucoup tentée. Donc pourquoi pas, en effet. J'aime bien les auteurices un peu caméléon, j'ai adoré le maitre des jeux, j'ai adoré l'écouter aux Utopiales, aussi; et j'ai toujours Harry August dans la liseuse… Peut-être qu'aborder ce texte avec un recul et un œil plus analytique sur sa production globale me permettrait d'être moins horrifiée si le texte comporte des passages difficiles.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il n'y a aucun passage difficile, cela reste dystopique avec son lot de noirceur mais rien d'horrible au sens où tu l'entends (il me semble !). C'est plus un texte sur notre dépendance au réseau et au culte du paraître.
      Je n'ai jamais vu Black Mirror donc je n'ai pas de comparaison...

      Supprimer

Enregistrer un commentaire