La chose en soi - Adam Roberts

Le Temps, l'IA et les Extraterrestres

Souvent, des romans d'imaginaire se cachent dans la littérature blanche et bien plus souvent encore on omet d'accoler le vocable science-fiction à ces littératures. Avec La chose en soi d'Adam Roberts l'effet est opposé. On pourrait en effet s'attendre à ce que ce roman soit publié dans une collection "traditionnelle" même si on y parle d'extraterrestres (le Paradoxe de Fermi est la base du roman), La chose en soi est avant tout un roman philosophique autour de la doctrine du penseur allemand Emmanuel Kant. Et si comme moi, vous ne connaissez de Kant que le titre de son œuvre principale Critique de la raison pure, vous allez être à la fois perdu et complétement subjugué par l'érudition d'Adam Roberts pour vous en expliquer les principes fondamentaux.

Tout commence en 1986 où Roy Curtis et Charles Gardner sont isolés en Antarctique pour recueillir d'éventuels signaux en provenance d'une civilisation extraterrestre. Tout oppose les deux scientifiques : Charles est pragmatique et volubile quand Roy l'introverti passe son temps à lire et relire Critique de la raison pure. Ce dernier prétend d'ailleurs qu'il a résolu le Paradoxe de Fermi grâce à Kant, s'attirant les foudres de son comparse.

Après un premier chapitre introductif, Adam Roberts nous narre alternativement des évènements vécus par Charles et des histoires totalement indépendantes autour d'autres personnages, en des lieux et des temps différents. La trame principale est d'une construction assez classique, linéaire et plutôt abordable. A l'instar de Cartographie des nuages de David Mitchell, les récits alternatifs sont eux assez déroutants sur le fond mais aussi sur la forme chaque texte étant écrit dans un style différent. On pourra d'ailleurs féliciter le traducteur Sébastien Guillot qui a fait un joli travail sur ce roman. L'ensemble forme un tout parfois hermétique, plus qu'étrange et très énigmatique... 

La chose en soi est un roman qui interroge sans cesse son lecteur. Avec cette immense réflexion sur la conscience, la réalité des choses et la façon d'appréhender le monde, Adam Roberts nous plonge dans un questionnement incessant, s'intéressant à l'espace et au temps, aux Intelligences Artificielles, à Dieu et aux extraterrestres, l'ensemble étant intimement lié par la philosophie Kantienne et cette fameuse Ding an sich. Heureusement l'auteur est un bon vulgarisateur et à l'aide d'images simples nous explique des concepts parfois abscons.

La chose en soi est un donc roman qui sort de l'ordinaire dans lequel il faut se laisser porter et où il faut accepter de ne pas tout comprendre. Un vrai plaisir de lecture, un émerveillement et une découverte. 



Ils ont plus ou moins apprécié : Just a Word, Lune, Feyd Rautha, Célindanaé

Commentaires

  1. Avec le recul j'en garde un excellent souvenir ! Beaucoup de plaisir à la lecture

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  2. "vous allez être à la fois perdu et complétement subjugué" : je n'ai pas de doute d'être perdu, j'ai plus d'inquiétude pour le côté "subjugué". Mais je pense que je le tenterai à l'occasion, ça a l'air suffisamment abordable en terme de plaisir, à défaut de l'être complètement en compréhension. ^^

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    1. C'est quand même très abordable dans son ensemble ! Et c'est à découvrir, cela nous change des publications habituelles.

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  3. Je crains un peu d'être perdue à la lecture parce que je n'ai presque aucune notion de philosophie mais j'avoue que je suis curieuse, d'autant que l'auteur vulgarise bien les choses. J'ai bien envie de tenter l'aventure! Merci pour cette critique éclairante.

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    1. C'est abordable et il faut se laisser aller, se laisser porter par la plume de l'auteur...

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  4. J'étais tentée, mais la philo et moi on est rarement copain, du coup je pense qu'il vaut mieux éviter !

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    1. C'est dommage, c'est passionnant et très bien expliqué !

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  5. Il est noté dans un coin mais l'aspect philo me fait un peu peur. On verra donc !

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    1. C'est vraiment bien amené, bien explicité très agréable.

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  6. Si tu dis que c'est bien expliqué, ça se pourrait bien que je le lise.
    J'aime bien la nouvelle orga de ton blog, ça fait plus "pro".

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  7. Tu le vends bien. Et j'ai toujours bien aimé cette idée d'accepter de ne pas tout comprendre.

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    1. Si tu veux j'ai une longue liste de livres de ce genre...

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  8. C'est marrant l'écart avec un de ses romans précédents, Jack Glass: l'histoire d'un meurtrier qui était bien mais pas du tout dans cet univers.
    Mais bon, je me fous de Kant, alors...

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    1. Pourtant c'est bien, très intéressant mais je ne peux pas comparer, je n'ai pas (encore) lu Jack Glass qui a des retours mitigés !

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  9. Il est intriguant ce roman (et la comparaison à Cartographie des nuages marche très bien chez moi xD)

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    1. C'est un excellent roman, la construction est habile tout autant que celle de David Mitchell

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