samedi 21 mars 2020

L'île - Sigridur Hagalin Bjornsdottir

Suffoquant

C'est en parcourant la blogosphère que j'ai découvert Sigridur Hagalin Bjornsdottir une autrice islandaise publiée chez Gaia Editions. Roman post-apocalyptique publié en littérature blanche mais qui est, ne nous trompons pas, un roman relevant de l'imaginaire n'en déplaise à certains.

L'île ne souffre que d'un seul défaut : il faut une bonne dose de suspension d’incrédulité pour accepter le postulat de départ. L’Islande se retrouve du jour au lendemain coupée du monde. Plus aucune communication n'entre sur l'île : internet, téléphone, ondes radio sont out ! Aucun avion,  aucun bateau n'arrivent et ceux qui partent ne reviennent jamais. Le pays se retrouve isolé du reste du monde, pourquoi, comment ? Quelques possibilités nous sont données mais les esprits cartésiens resteront sur leur faim jusqu'à la dernière page. Aucune explication ne viendra crédibiliser l'histoire et c'est dommage. Mais ce n'est pas l'objet du récit. Le thème central est le retour à l'autarcie...

Tout d'abord ce livre, plutôt court, se lit très vite. L’écriture est fluide et sa construction, alternant la vie des différents protagonistes sur des chapitres courts en fait un page-turner efficace. Mais ce qui marque ce roman est la violence omniprésente même si la plupart du temps cette violence est juste suggérée. L’imagination du lecteur faisant le reste...

Avec L'ïle, l'autrice qui est aussi journaliste et présentatrice du journal télévisé, s'attaque à tous les maux de notre société actuelle où l’individualisme prime. Les premières salves sont contre les politiques, ceux qui sous couvert de crises, prennent le pouvoir pour le "bien de tous". Elle nous montre qu'en quelques mois la démocratie peut se transformer en dictature avec l'aval de ses concitoyens. Elle dénonce également le nationalisme exacerbé qui se développe en Islande. En temps de crise, repli sur soi et recherche de coupables sont les deux mamelles du nationalisme. 

L'autre pan de l'histoire est plus économique. Comment vivre en autarcie quand les importations se réduisent à néant. Quid des produits de première nécessité, des médicaments, des outils technologiques qui ne peuvent être fabriqués sur place. Le retour aux sources est difficile, il demande d'immenses sacrifices et le tout se fait dans la violence. La loi du plus fort...

Je vous passe les détails des exactions qui sont produites, toute la déchéance humaine concentrée en quelques pages. Les descriptions faites par l'autrice font froid dans le dos, certaines scènes sont insupportables. Mais malgré tout il y a toujours un peu d'espoir et, par sa galerie de personnages, Sigridur Bjornsdottir montre un optimisme mesuré et une foi en l'espèce humaine. 

En résumé, L'île est un roman coup de poing, suffoquant, flippant qui ne laisse que peu de place à l'optimisme. Il nous permet de réfléchir sur notre façon de vivre, de consommer et notre dépendance les uns aux autres que ce soit individuellement ou collectivement. Il est difficile de ne pas faire de parallèle entre cette fiction et les événements qui se passent aujourd'hui avec le Covid-19.

  
L'avis de Yuyine


Europe septentrionale (3/17)







12 commentaires:

  1. Coucou,

    Je te rejoins sur les constats, et j’ai pour ma part été très frustrée à la fin, où il n’y a aucune résolution à aucun des problèmes posés, notamment à ce à quoi on me demande gentiment de croire, sans plus de formalités, au départ (comme tu le soulignes).

    L’auteur a focalisé son récit sur une réflexion sur les comportements induits, psychologiques et socio-politiques, j’entends, mais trop de questions pour assez de réponses. La fin de veut philosophe, ce qui lui évite un dénouement plus précis.

    C’est justement mes collègues de la fiction qui me l’avaient conseillé, justement en me disant que ça pouvait très bien entrer dans l’imaginaire. Au fond, c’est de la SF d’anticipation. :)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Nous sommes d'accord... mais c'est plus que recommandable.

      Supprimer
  2. et bien, cher Maki, je vais me le noter. Pas pour lire de suite, car, vivre une véritable heure de SF, me suffit pour l'instant.
    Le théme m'interesse et je suis prête à faire de la suspension au début pour avoir une bonne claque.

    RépondreSupprimer
  3. L'impression d'avoir plus ou moins lu ce genre de truc, je passe

    RépondreSupprimer
  4. L'autrice était aux Imaginales l'an dernier, je me souviens que j'avais trouvé le postulat fort intriguant. J'y penserais peut-être pour le challenge de Lune ^^

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Après les lectures septentrionales sont faciles à dénicher. Mais celle-ci vaut la lecture. ;-)

      Supprimer
  5. Je te rejoins assez sur ton avis, ce roman est vraiment bon et interroge avec une certaine justesse les questions de nationalisme et le caractère "essentiel" de certaines activités. Effectivement, dans le contexte actuel, c'est frappant.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je pense que c'est une lecture qui restera longtemps marqué dans ma mémoire.

      Supprimer
  6. Intrigant, mais assez pour passer outre l'absence de réponse ? A voir pour moi.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est dommage mais peut être qu'il n'y a pas d'explications plausibles... et cette absence d'explication noue aussi sur l'histoire et les personnes.

      Supprimer