jeudi 31 janvier 2019

La cité de l'orque - Sam J. Miller


Bienvenue à Qaanaaq

XXIIème siècle, le réchauffement climatique est une réalité. De nombreuses villes côtières se retrouvent sous les flots, la notion d'état a disparu, le chaos règne un peu partout sur la planète. De nombreuses villes flottantes ont vu le jour. Elles ont été créées par de riches actionnaires de l'ancien monde et sont dirigées par des Intelligences Artificielles. Qaanaaq est l'une de ces cités flottantes, située non loin du Groenland. Elle est composée de huit Bras se développant autour d'un noyau central puisant son énergie d'une source géothermale. Qaanaaq, immense rosace où les nantis logent dans des appartements de luxe au Sud dans le Bras 1 et où les plus démunis s'entassent dans de minuscules boîtes-dortoirs au Nord dans le Bras 8. Le marché de l'immobilier est le marché le plus lucratif. L'espace étant restreint, les convoitises sont légion.

La cité de l'orque est l'histoire de cette ville. Qaanaaq est à la fois le décor et le personnage principal du récit. A travers les yeux de différents protagonistes, Sam Miller nous plonge en profondeur dans cette cité flottante. Parmi eux, Fill, petit-fils d'un riche actionnaire, porteur des Failles, maladie incurable qui à l'instar du SIDA se transmet lors de rapports sexuels non protégés. Ankit, elle,  travaille pour une politicienne dans le Bras 8. Kaev est un combattant sur poutre qui gagne sa vie en perdant ses duels. Et enfin Soq, un livreur au genre non défini qui veut travailler pour Go, cheffe de la mafia locale aux ambitions démesurées.

Tout ce petit monde vit "tranquillement" jusqu'à l'arrivée d'une femme accompagnée d'un ours blanc et d'un orque qui va bouleverser l'équilibre précaire de la cité...

L'intrigue, relativement simple est l'histoire d'une banale vengeance. L'auteur mène tranquillement son récit avec de nombreux rebondissements qui font de La cité des orques un bon page-turner. Mais quelques facilités narratives et des coïncidences heureuses gâchent un peu le plaisir. 

Le point fort du récit est sans conteste Qaanaaq. Le worldbuilding est époustouflant, les idées nombreuses et variées donnent du corps au récit mais la visualisation n'est pas forcément immédiate. Les éléments se dévoilent au fur et à mesure, tout le long du récit. C'est une plongée lente et immersive. Un vrai plaisir de lecture, on ressent le froid, la surpopulation, la frénésie ambiante et surtout la fragilité du lieu. 

La cité de l'orque est avant tout une ode à la différence. C'est aussi un cri d'alarme pour la sauvegarde de notre monde, un refus du monde capitaliste tel qu'il existe et qui nous mène droit à la catastrophe mais aussi un désaveu de ces révolutionnaires qui veulent devenir calife à la place du calife. Il a une portée toute symbolique en ces temps mouvementés. Critique sans concession de notre mode de vie où les haines, les peurs et les jalousies sont les éléments moteurs de notre pensée.

La construction du roman me rappelle, toutes proportions gardées, La maison des derviches de Ian McDonald. Qaanaaq est en quelque sorte l'Istanbul de La cité de l'orque.

Reflet du monde actuel, roman intelligent qui interpelle et fait réfléchir, La cité de l'orque est à découvrir de toute urgence. Si vous avez des doutes, Le vêlageune nouvelle se déroulant sur Qaanaaq, est disponible gratuitement en numérique. 


Une interview de l'auteur est disponible sur le site d'Albin Michel Imaginaire.

Qaanaaq ville inoubliable pour Just a word
Roman passionnant pour Feyd Rautha
Yuyine quant à elle est frustrée


25 commentaires:

  1. Très belle chronique, tu donnes envie de le découvrir. J'ai beaucoup aimé Le vêlage et du coup j'ai craqué pour le roman que je viens de commencer.

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    1. Merci. Il n'y a pas de raison que cela ne te plaise pas. J'attends ton retour avec impatience.

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  2. Si jamais j'avais encore besoin d'être convaincu, ça aurait été fait. Ça donne terriblement envie !

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    1. Je m'en doutais un peu... je vais attendre ton retour plus développé !

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    2. Le chien critique il fait que critiquer !!!

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    3. Du coup il ne lit que des livres qui ne lui plaisent pas... ;-)

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  4. Je suis à la moitié ! J'aime beaucoup mais il mérite d'être lu d'une traite ou deux, j'ai l'impression de le malmener. Je voudrais avoir quelques heures de paix pour le lire !

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  5. Voilà qui est intriguant, surtout si c'est un peu dans le même esprit que La maison des derviches... faut que je lise la nouvelle déjà.

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    1. J'ai trouvé des similitudes dans la construction du roman et avec le lieu comme "personnage" central. Sam Miller n'est pas encore Ian McDonald... ;-)

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  6. Han, je suis toujours hésitant après avoir lu la chronique de Feyd et la tienne. Vous êtes enthousiastes, vous mettez fort en avant le worldbuilding et le traitement des persos mais je sais pas si c'est vraiment ma cam. Un peu peur du contenu général ou de pas y adhérer. Je sais pas, j'attends de lire d'autres avis pour me décider.
    Merci pour cette critique détaillée !

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    1. L'intrigue n'est pas la plus flamboyante en effet. Je pense que la critique du chien (qui devrait arriver bientôt) te donnera un autre son de cloche.

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  7. C'est définitivement intrigant. Avec un peu de chance, ma bibliothèque l'aura en stock !

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  8. Oho! Un rapprochment avec la maison des Derviches.... tu sais me parler mon maki à croquer!

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    1. Comme je l'ai dit ci dessus, c'est surtout dans la construction du roman avec le lieu comme personnage principal. ;-)
      Sam Miller n'est pas (encore) Ian McDonald

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  9. Je pense le tenter quand même en tant que grande débutante même si le cabot aime pas ^^

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    1. Mais si il aime, il ne veut pas que ça se sache, c'est tout ! ;-)

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