La vie secrète des Robots - Suzanne Palmer

 
Un humanisme débordant

Ils ne sont pas nombreux (et encore moins nombreuses) à avoir eu l'honneur d'être publiés dans la collection Quarante-Deux du Bélial. Cette collection dédiée à la SF sous sa forme courte regroupe des auteurs et des autrices novateurs, tels que Ken Liu, Rich Larson, Ray Nayler, Peter Watts et, aujourd'hui, Suzanne Palmer ainsi que d'éminents écrivains qui ont marqué la SF de leur empreinte Nancy Kress et Greg Egan.

Suzanne Palmer est une illustre inconnue en France qui n'avait jamais connu de traduction jusqu'à ce jour. La vie secrète des robots réunit treize de ses nouvelles dont la moitié met en scène Robots et/ou Intelligence Artificielle, quand l'autre s'intéresse aux humains ou à d'autres formes de vie.

Le recueil s'ouvre et se clôt avec deux nouvelles humoristiques - La vie secrète des Bots & Les bots de l'arche perdue - dont le personnage central, Bot 9, un petit robot d'entretien obsolète, va s'affranchir de sa programmation initiale pour sauver l'humanité. Classiques, drôles et divertissants, ces deux textes sont de petits bonbons à déguster.

Scinque numéro trente-neuf nous plonge dans la tête d'un Robot d'exploration abandonné sur une planète lointaine. Continuant son travail de recensement, rôle qui lui est prédéfini, il trompe sa solitude en faisant quelques expériences scientifiques. Quand le robot s'humanise... mais pas forcément dans le bon sens.

R-U-R.-8? nouvelle écrite sous forme de pièce de théâtre mettant en scène trois robots, là encore obsolètes, qui s'interrogent sur leur utilité. Texte absurde, hommage à Karel Capec, l'inventeur du mot robot, qui détonne parmi les autres textes du recueil.

Deux nouvelles placent l'IA au centre du jeu. Deux textes marquants, le premier caustique, le second poignant. Dans Joe 33%, Joe un soldat volontaire mais "malchanceux" tombe souvent lors des combats. Heureusement la technologie permet de le "réparer" en lui octroyant des implants cybernétiques, ce qui fait que Joe est à 33% une machine. Une guerre interne entre les IA qui veulent que Joe reste en vie pour qu'elles-mêmes vives et Joe qui veut aller à la guerre, prêt à mourir, s'installe. Dans La boîte de tristesse, un enfant essaie de sauver une IA dont la programmation l'oblige à s'éteindre dès qu'on l'allume. 

Les autres nouvelles laissent place à l'humain. Avec Ramener Icare l'autrice nous plonge au fond de l'espace sidéral où un cargo spatial croise une capsule de sauvetage endommagée. Le capitaine se déroute pour la récupérer. A l'intérieur, se trouve un adolescent entre la vie et la mort. Seul face à ses choix moraux, que faire ? Une belle interrogation sur l'entraide et la solidarité. Dans Vol de Retour, Suzanne Palmer explore une société patriarcale où Fari, ouvrière dans une station minière spatiale ultralibérale doit survivre. Un texte cruel, dur et d'une triste réalité. Tomber du bord du monde, nous narre la survie des deux seuls rescapés du crash d'un vaisseau spatial. Probablement le texte le plus marquant et le plus émouvant du recueil.

Trois nouvelles à la portée plus poétique. Peintre d'arbres, un récit où Suzanne Palmer nous décrit la rencontre entre l'Homme et une espèce extraterrestre. Tout en délicatesse jusqu'à ce que l'Homme fasse ce qu'il fait de mieux (ou plutôt de moins bien !). Dix poèmes pour les mossums, un pour l’homme, est une rencontre du troisième type, où un écrivain tente de communiquer avec une espèce endémique de "cailloux" vivants. Contemplatif et déroutant. Pierres dans l’eau, cottage sur la montagne, une femme revit sa dernière journée indéfiniment mais chaque journée diffère de la précédente et les variations sont plus ou moins sensibles. Uchronie personnelle ou vies parallèles. 

Le plafond du ciel s'intéresse au monde du travail de demain, où les intérimaires sont des pions que l'on propulse de mission en mission. Une dystopie sur les ravages du capitalisme. Classique mais très efficace.

Au final, un recueil de treize nouvelles au ton et aux thèmes variés avec comme points communs un humanisme débordant et la volonté farouche de s'affranchir des barrières. Tour à tour poignante, émouvante, poétique, drôle ou caustique, Suzanne Palmer mérite amplement de trouver refuge au sein de la collection Quarante-Deux.






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