Women in Chains - Thomas Day

 

Les femmes comme variables d'ajustement

Presque quinze ans après sa première parution chez ActuSF, le recueil de Thomas Day, Women in Chains, revient au Bélial’ dans une toute nouvelle version, largement remaniée.

Trois nouvelles étaient déjà présentes dans le recueil original (La Ville Féminicide, Eros-Center et Nous sommes les violeurs). L’un des textes a été amplement modifié (Toute la vérité sur la sorcière de l’Est), un nouveau fait son apparition (El Fantasma), tandis qu’un autre a disparu (Poings de suture). L’auteur a également ajouté deux très courtes nouvelles particulièrement percutantes, l’une en préambule (En amuse-gueule : une amatrice), l’autre en conclusion (Coda : Le sac d’entraînement).

Thomas Day est réputé pour son écriture ciselée, son langage cru, ses prises de position assumées et son franc-parler. Avec ce recueil, le paroxysme est atteint : la violence des mots n'a d'égal que celle de la réalité de la condition féminine. L'auteur ne s'encombre ni de métaphores ni d'euphémismes et traite le problème à la racine, dépeignant sans coup férir, ce monde violent où les femmes sont des variables d'ajustement au pouvoir des hommes. À travers un voyage non pas initiatique mais destructeur, Thomas Day nous emmène du Groenland, où une jeune femme est recluse pour éviter d’assouvir ses envies sexuelles, jusqu’à Juárez, ville martyre du Mexique où des centaines, voire des milliers, de jeunes filles sont enlevées par les narcotrafiquants. Il nous conduit ensuite dans les maisons closes allemandes, en Afghanistan où le viol devient une arme de guerre, sur le tournage d’un porno amateur en France, et au fin fond du Sahel, où une mystérieuse ennemie de Boko Haram abat des membres de l’organisation terroriste.

Un voyage dont on ne ressort pas indemne. Thomas Day dresse un portrait des violences faites aux femmes, avec des mots durs, choquants, parce que réels, dont l'accumulation pourra heurter une partie du lectorat. Il dresse un constat sans appel : les femmes sont avant tout considérées comme des objets du plaisir des hommes, un fait qui dépasse les frontières et que l'on retrouve aux quatre coins du monde mais aussi sur le pas de sa porte voire dans sa propre demeure. Autant d'histoires qui font réfléchir sur nos comportements et sur l'injustice dont les femmes sont victimes.

Bref, Women in Chains, ce sont huit textes comme autant de coups de poing dans la gueule.


Les avis de Lune, de Weirdaholic, de la Yozone, de Boojum, de Maks (Instagram), de Constellations, de Gromovar


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